Un modèle nord-américain

 
Le monde devient beaucoup trop complexe pour être perçu et interprété à partir d’un modèle unique. Chaque continent devra développer le sien à partir de son histoire, de ses valeurs et de sa culture. Il y aura donc un modèle européen, un sud-américain et plusieurs modèles asiatiques. Voici une hypothèse de ce que pourrait devenir le modèle nord-américain à moyen terme (dans dix ans ?). Ce schéma n’est évidemment qu’un début de réflexion ( Postindustriel 8).

Les aspects technologiques

Il est vrai qu’Internet 2 permettra des échanges commerciaux et culturels à travers la planète, mais, à cause du géoréférencement combiné avec l’interactivité et le data mining, il favorisera surtout des échanges spécialisés et régionalisés, c’est-à-dire un sur-mesure. Celui-ci permettra un ciblage comportemental, c’est-à-dire l’identification de clientèles potentielles.

Le Web n’existe que depuis 17 ans et déjà on évalue difficilement le chemin parcouru. Durant les cinq prochaines minutes, le temps de lire ce chapitre, 60 heures de vidéoclips seront ajoutées sur YouTube, 30 millions de recherches seront entreprises sur Google et 10 milliards de communications mobiles seront échangées. Dans dix ans ? On n’a pas encore bien compris sa viralité, c’est-à-dire sa façon de multiplier soudainement les vidéo-clips et les blogs comme un virus dans un système vivant.

On ne s’achemine donc pas vers l’apparition d’UN immense public de milliards d’internautes interconnectés dans UN cyberespace, mais plutôt vers la mise en place de millions de groupes d’intérêts en réseaux de toutes sortes, c’est-à-dire les niches. Cela ne signifie pas la disparition des grands réseaux de diffusion passive que nous avons créés durant la 2e ère industrielle mais surtout l’apparition de millions de réseaux sociaux basés sur l’échange et la participation qui s’ajouteront à la toile qui recouvre déjà la planète.

Certains effets multiplicateurs positifs à venir :

  • La haute définition numérique imposera partout ses normes, forçant ainsi l’intégration de tous les supports médiatiques à venir.
  • Les ordinateurs à 100 $, les téléphones cellulaires, le WiFi, les circuits RFID, etc., multiplieront le nombre d’appareils dans le réseau.
  • L’adoption du protocole IPv6 offrira une adresse à chaque objet communicant (jusqu'à 3,4 x 1038).
  • Tout cela deviendra possible grâce à une utilisation généralisée de la fibre optique, seule capable de véhiculer les contenus plurimédias.
  • Le passage de giga à terra, puis à peta (augmentation de la quantité du traitement) ; vers le bit bang ?
  • Une banalisation des ordinateurs via l’électronique grand public, les jeux et les interfaces à la iPhone et Wii, pourrait développer une ère de Pervasive Computing. Etc.

Certains effets multiplicateurs pourraient devenir négatifs :

  • L’aventure du Web sémantique ne réussira que si on le combine avec le Web schématique pour développer un Web plus intuitif destiné aux nouvelles clientèles plutôt technophobes.
  • L’hypermédiatisation actuelle des TI pourrait transformer celles-ci en pensée magique pour des administrateurs à la recherche de réduction de coûts et d’emplois à court terme.
  • La possibilité d’un Digital Pearl Harbour. Etc.

Les aspects économiques

Actuellement, le modèle économique ressemble à un jeu de monopoly où tout devient une opportunité financière. Beaucoup de gens commencent à penser qu’ils vivent plutôt une dictature économique se cachant derrière une façade démocratique. Comme notre monde ne pouvait indéfiniment vivre au rythme effréné de cet hypercapitalisme qui a épuisé autant le capital social que le capital naturel, la bulle a crevé à l’automne 2008, notamment à cause de l’avidité de certains acteurs.

La bulle financière s'est construite sur le taux d'épargne des ménages avoisinant les 0 % de leur revenu.

Pourtant tout avait démarré dans l’enthousiasme général : l’apparition d’un nouvel ordre économique suite à la chute du mur de Berlin (1989), le triomphe du système capitaliste sur le système communiste (1991) et l’adoption d’Internet comme réseau planétaire unifiant tous les pays industriels (1995). C’est à peine si on s’est aperçu que le système se lézardait :

1995 Dérégulation et privatisation effrénées dans les pays industriels.
1995 Faillite de la banque d’affaires britannique Barings.
1996 Take overs et création de nombreux méga majors.
1997 Crises financières en Asie.
1998 Quasi-faillite du Long Term Capital Managment, un hedge-fund.
1998 Crises financières en Russie.
2000 Une jeune hacker, Mafia Boy, agresse Yahoo, CNN, Amazon et Dell, causant pour 7 milliards $ de dommages. C’est alors qu’on réalise qu’Internet n’a pas été configuré pour être sécuritaire.
2000 Effondrement de la bulle spéculative des dot.com.
2002 Scandales comptables : Enron, WorldCom, Adelphia Com. etc.
2002 Des « ingénieurs » financiers de Wall Street commencent à développer des produits financiers tellement abstraits qu’ils vont mener à la titrisation des subprimes puis à la crise actuelle.
2002 Émergence d’un mouvement altermondialiste contre le modèle unique imposé par les élites économiques.
2005 Procès des initiés : Bernard Ebbers, Martha Stewart, Conrad Black, etc.
2005 L’UNESCO adopte la convention sur la diversité culturelle malgré l’opposition de Washington qui veut conserver SES marchés.
2005 Influence ruineuse de la guerre d’Irak sur l’économie américaine.
2006 Échec du cycle de Doha.
2007 Crise des prêts hypothécaires risqués ou subprimes.
2008 Fraude à la banque française Société générale.
2008 Beaucoup d’entreprises sont renflouées par l’administration Bush.
2008 Effondrement de l’industrie de l’automobile américaine.
2008 Le Plan Bush-Paulson de 700 milliards $ est une manœuvre de sauvetage du secteur financier.
2008 Fraude pyramidale de 50 milliards $ de Bernard Madoff.
2009 Le Plan Obama-Geithner de 800 milliards $ se veut une manœuvre économique destinée à relancer l’économie en créant des emplois pour redonner confiance aux consommateurs.

Tant et si bien que les États-Unis ne sont plus la locomotive économique qu’ils étaient durant l’ère précédente.

Beaucoup de gens pensent que la rupture a été déclenchée par la crise américaine des subprimes. Celle-ci n’était qu’un signe révélateur d’une crise plus profonde qui se préparait depuis plus de vingt ans et qui a fait muter lentement la culture de l’épargne du citoyen-consommateur à une culture du crédit. En fait, la crise financière américaine de 2008 devient maintenant une crise économique mondiale.

Depuis, à cause de la financiarisation de l’économie et de la mondialisation des majors, s’est développée une lutte entre deux groupes qui possèdent leur propre programme : les grands consortiums mondiaux et les États souverains. À Washington, on parle du combat entre Main Street (l'économie réelle) et Wall Street (la financiarisation virtuelle). Mais les élites politiques (le G20, le G8 devenant un « club de riches »), ne voudront pas laisser un peu de leur souveraineté aux élites économiques qui n’acceptent actuellement que la loi du plus fort.

La fusion des espaces économiques signifie l'affaiblissement des frontières politiques

Certains effets multiplicateurs positifs à venir :

  • La vague de fusions internationales créera de nouvelles galaxies économiques fonctionnant en temps réel.
  • Le développement des marchés de la longue traîne (Long Tail) offrira un éventail de choix sur demande encore plus large et sur mesure.
  • La volonté des consortiums de faire d’Internet un marché planétaire hors taxe d’ici une décennie. Etc.

Certains effets multiplicateurs pourraient devenir négatifs :

  • Le modèle néolibéral qui ne connaît que la croissance, la compétitivité et le consumérisme sera remis de plus en plus en cause.
  • L’inégalité de la répartition des richesses qui va probablement encore s’accroître pourrait engendrer une plus forte fracture numérique et une bunkerisation des riches.
  • L’offre d’un ultra-haut débit quasi gratuit que les promoteurs vont bientôt offrir ne favorisera qu’une plus grande consommation si les consommateurs n’adoptent pas de nouvelles façons de penser.

Les aspects sociétaux

Le principal défi durant l’ère postindustrielle sera de redonner la parole aux citoyens grâce à l'interactivité du réseau. Actuellement, les élites politiques n’ont pas envie que la voix des citoyens s’exprime trop librement. Dans le passé, les citoyens ont toujours trouvé des réponses aux mutations sociétales grâce à la cohésion de leur tissu social et de leur culture qui leur permettait de trouver les consensus nécessaires à leurs actions. Or, parce que toutes nos sociétés sont profondément divisées, le tissu social a beaucoup perdu de sa cohésion, c’est-à-dire que son potentiel de prise de décision est actuellement très affaibli.

Le tissu social se dissout dans le surf sur Internet.

Cette division vient du fait que l’imaginaire des citoyens est mis à mal par l’énorme pouvoir de l’image masse médiatique. Comment les spectateurs peuvent-ils donner un sens à l’information lorsqu’ils sont confrontés quotidiennement à une surcharge de données non vérifiées et qu’ils vivent confrontés à un infospectacle qui n’est préoccupé que de cotes d’écoute, c’est-à-dire des milliards de dollars en droits de retransmission.

Dans une société de l'image on ne croit surtout qu'à ce qu'on voit.

L’infospectacle tend à proposer un humour désinhibé et grinçant qui cherche à déconstruire nos conventions et nos codes moraux. Les citoyens sentent qu’ils ne peuvent donner leur avis sur des situations les concernant. Ils ont l’impression d’être abandonnés par leurs dirigeants qui, crispés sur leurs privilèges, sont devenus des gérants du court terme. Parce qu’ils ont l’intuition que leur avenir est bouché, ils se replient sur eux-mêmes et participent le moins possible à des efforts qui leur semblent futiles.

Le citoyen se sent sur-taxé, sur-réglementé, sur-endetté et sur-bureaucratisé.

Les monopoles économiques qui contrôlent actuellement les médias n’ont aucun modèle de société à proposer, ils ne cherchent que leur profit grâce au fort courant de personnalisation qu’ils ont créé. Et ils cherchent ces profits à travers la planète à partir de stratégies publicitaires qui isolent les citoyens en leur offrant des rêves individuels de beauté et de jeunesse via une sous-culture de produits américains bas de gamme créant une culture de la médiocrité. Ces consortiums ne recherchent que les grands tirages répondant aux émotions de leurs téléspectateurs ; ils nous forcent à vivre dans un monde dirigé surtout par des spin doctors.

L'infospectacle est un dragon omnivore qui carbure aux émotions du public.

Certains effets multiplicateurs positifs à venir :

  • La moitié de la population de la planète vivra bientôt dans des villes qui seront branchées grâce à la technologie de type Wi-Fi.
  • La volonté des principaux pays industriels de se doter d’institutions internationales pour mieux décider collectivement de leur futur.
  • La capitalisation de l’attention qui, sous forme de récompenses, incitera l’utilisateur à traiter les informations et surtout à leur donner une valeur ajoutée, d’où la poussée des contenus autoproduits.
  • L’Internet pourrait résoudre le problème de crédibilité de ses contenus et de leurs sources par la quantité des gens qui les évalueront.

Certains effets multiplicateurs pourraient devenir négatifs :

  • Un choc générationnel entre les digital immigrants (les boomers qui possèdent actuellement le pouvoir) et les digital natives (les jeunes qui vivent via Internet) rendra difficiles les futurs choix collectifs.
  • Le passage d’une civilisation du texte (un représentationnel qui raisonne) à une civilisation de l’image (un sensoriel qui résonne) créera une société reposant principalement sur l’émotion, ce qui est extrêmement dangereux.
  • Des résistances sociales s’organiseront vis-à-vis de certaines utilisations d’Internet, notamment vis-à-vis de certaines atteintes à la vie privée.

Le principal vecteur sociétal du XXIe siècle sera la prise de parole collective des citoyens face aux mutations en cours. Cette e-participation est la révolution à venir capable de répondre au cul-de-sac qui s’annonce, c’est-à-dire face à la désespérance actuelle qui s’installe.

From coach potato to mouse commando.

Mais cette hypothèse nous conduit à la vraie grande révolution à venir dont personne n’ose parler : une alliance entre les citoyens capable de conduire à l'esquisse d’un nouveau contrat social.

D’ici dix ans

D’ici une décennie, en Amérique du Nord, l’ère postindustrielle pourrait devenir :

Postinternet

Si Internet 1 fut surtout un réseau de réseaux de télécommunication, Internet 2 deviendra un entrelacement de réseaux qui servira d’assise à divers niveaux d’espaces publics reliant le local au mondial. Apparaîtra alors une nouvelle manière d’être au monde,

Postcapitaliste

Le capitalisme devra être redéfini, et surtout devenir plus humain : An ethical economy based on social relations. Quant au président Obama, il espère développer un Post-bubble economic model. Apparaîtra une ère de démocratie participative avec marchés. Le nouveau cycle d'expansion qui débute aura besoin d'être encadré par des autorités politiques mondiales fortes.

Postaméricaine

Les États-Unis seront toujours aussi dynamiques et innovateurs, mais ne pourront plus être :

  • la locomotive économique du monde ;
  • ni les gendarmes de la planète qui voulaient imposer leur pax americana ;
  • ni les leaders d’Internet 2.

L’ère postindustrielle sera probablement tripolaire : la Chine, les États-Unis et l'Union européenne, avec l’ajout d’institutions internationales qui devront être capables de gérer la nouvelle complexité socioéconomique. Apparaîtra une ère d’alliances.

Postboomers

Une crise générationnelle se développera entre les boomers qui prendront leur retraite mais voudront avoir leur mot à dire concernant les nouvelles décisions à prendre et les jeunes qui voudront apporter leurs changements. Apparaîtra une ère d’intenses négociations aboutissant à divers consensus.

Postindustriel 8 :

Postindustriel 9 :

Postindustriel 10 :

   

 

Les postboomers

L'un des problèmes avec les jeunes est leur détournement d'usage qu'ils font des outils télématiques. C'est dû à leur culture :

• Ils deviennent de plus en plus ignorants.
• De plus en plus barbares.
• De plus en plus autistes (leur contact avec le réel s"amenuise car l'écran devient de plus en plus opaque et fermé sur lui-même).
• de plus en plus capricieux (il leur faut tout, pour rien, tout de suite).

Le Web est le meilleur et la pire des choses, Mais le pire est toujours plus probable parce qu'il est plus facile. Alors d'où viendra le meilleur ? Il faudra étudier la périphérie, c'est-à-dire les signaux faibles, les comportements périphériques, et les usages marginaux.

L'évolution des postboomers

Voici un schéma qui illustre l'évolution des natifs du numérique (ou digital natives, ou encore geek). Autrefois le mot « geek » était considéré comme une insulte, aujourd'hui il désigne un passionné d'un secteur d'activité donné. Selon les trois étapes du développement des réseaux, nous sommes rendu à la troisième génération de geeks :

A) computer geek, internet geek, tech geek, etc.
b) pop culture geek, video game geek, star wars geek, music geek, dungeons and dragons geek, etc.
C) food geek, design geek, geek chic, etc..

Le schéma « Evolution of the Geek » est apparu aux États-Unis dans le blog d'Émilie Ogez, le 20 octobre 2010 :

http://www.emilieogez.com/wp-content/uploads/2010/10/fl-geek.png

La consommation des médias aux É.-U.

La consommation hedomadaire des médias par les enfants américains (de 8 à 18 ans) selon la Fondation Kayser-Famille est :

• Regarder la télévision : 270 min.
• Écouter de la musique : 151 min.
• Utiliser un cellulaire : 33 min.
• Jouer à des jeux vidéo : 73 min.
• Texto : 90 min.

Le total est de 7.5 heures par jour ou de 52.5 heures par semaine.

Mais le pourcentage d'utilisation pourrait être beaucoup plus élevé à cause du multitâche : en effet, ils utilisent plusieurs médias à la fois.

L'empire américain ???

Emmanuel Todd dans « Après l'empire, Essai sur la décomposition du système américain » (Gallimard, 2002 ) dit :

Il n'y aura pas d'empire américain. Le monde est trop vaste, trop divers, trop dynamique pour accepter la prédominance d'une seule puissance. L'examen des forces... qui transforment la planète ne confirme pas la vision aujourd'hui banale d'une Amérique vulnérable.

L'augmentation des salaires des patrons

• Durant la première ère industrielle, le patron bénéficiait du « un pour vingt » (un salaire vingt fois supérieur à la moyenne de ses employés.

• À partir de 1980 ce fut « un pour cent ».

• À partir de 2005, ce fut « un pour quatre cents ». En une journée, un super patron gagnait autant qu'un de ses employé.

• Aux États-Unis, aujourd'hui, quelques grands patrons gagnent « un pour mille ».

La Net Génération

Une analyse du Centre Pew révèle qu'il existerait maintenant une plus grande différence entre les jeunes générations et leurs ainés en 2009 (entre les digital native et les digital immigrants)du moins aux États-Unis.

Les jeunes de cette génération sont encore plus éduqués qu'auparavant, plus optimistes et n'auront probablement jamais d'emplois régulier.

83 % ont constamment leur cellulaire à la main. C'est leur utilisation des outils de communications qui serait responsable de cette différence grandissante.

(Voir la revue Time, mars 2010.

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