Les références


(Des synthèses sont à votre disposition : Synthèses)

(Un texte explique l’émergence de la rupture : Rupture)

Chaque ligne du tableau Postindustriel 3 provient d’un auteur différent. Ce tableau est une synthèse de ce qui fut publié depuis trente ans par des auteurs européens et américains de divers domaines. Ces points de vue nous permettent d’esquisser un portrait de la société qui émerge. La convergence des tendances observées par tous ces auteurs semble aussi forte que la logique suggérée par l’Histoire.

Les trois mutations

(Les trois grands changements des derniers 500 ans)

  • La troisième mutation ou société postindustrielle est aussi appelée société de l’information, nouvel ordre mondial, néocapitalisme, post-capitalist society, société du savoir, etc.
  • Plusieurs auteurs définissent la société du savoir comme étant une société où l’information est efficace dans l’action. D’autres la définissent comme étant une société de responsabilisation.
  • Plusieurs auteurs parlent de Three Tectonique powers Shifts. Par exemple Fareed Zaharia dans The Post-American World, chez Norton, 2008.
  • Thomas Friedman dans The world is Flat décrit ainsi les trois générations de mondialisation :
    • la globalisation par les États (1re ère industrielle) ;
    • la globalisation par les multinationales (2e ère industrielle) ;
    • la globalisation par les individus (ère postindustrielle).
  • En ce qui concerne les trois mutations, consulter Alvin Toffler : la première vague (agraire), la deuxième vague (industrielle) et la troisième vague (l’information).
  • Régis Debray parle de logosphère, de graphosphère et de vidéosphère, il parle aussi de Royaume-Nation-Marché, de l’État écrit et de l’État écran, de même que de la vitesse du cheval, de l’électricité et de la lumière. Voir dans Les révolutions médiologiques, Gallimard, 1993, p. 74 et 75.
  • Joël de Rosnay décrit ainsi les trois révolutions : agricole, industrielle et de l’information.
  • L’identification de la troisième mutation date déjà d’il y a trente ans : le Rapport Nora-Minc L’informatisation de la société, La Documentation française, 1978. On y lit notamment deux remarques importantes :
    • la télématique ne constituera pas un réseau de plus mais un réseau d’une autre nature … qui transformera notre modèle culturel,
    • l’essentiel n’est pas de prévoir les effets de la télématique, mais de socialiser l’information.
  • Il y a quinze ans, Nicholas Negroponte décrivait ainsi les principales caractéristiques de l’ère de la postinformation dans L’homme numérique, Robert Laffont, 1993 :
    • l’abolition des limites géographiques ;
    • la personnalisation ;
    • la modification du temps ;
    • la convergence médiatique.
  • Il y a quinze ans, deux hypothèses sont simultanément apparues pour expliquer une rupture que l’on pressentait :
  • Francis Fukuyama pense que nous vivons la fin de l’Histoire parce qu’il n’existera qu’un système qui dominera la politique mondiale, le néocapitalisme, The End of History and the Last Man, Free Press, 1992.
  • Tandis que Samuel Huntingdon pense plutôt que le monde est pris au piège du choc des civilisations qui va créer les nouvelles lignes de fracture d’un conflit mondial. Dans Le Choc des civilisations. Odile- Jacob, 2007.
  • On peut penser que les trois lois du domaine des technologies d’information correspondent aux trois ères:
    • 1re ère industrielle = la Loi de Sarnoff (pionnier de la radio et de la télévision) : le rythme des innovations et des convergences des TI augmente au fur et à mesure que les publics s’additionnent (n+n) ;
    • 2e ère industrielle = la Loi de Moore (pionnier des microprocesseurs) : le rythme double à tous les 18 ou 24 mois (nx2) ;
    • Ère postindustrielle = la Loi de Metcalfe (pionnier des réseaux) : le rythme est au carré du nombre des utilisateurs (n2). Cette dernière hypothèse confirmerait l’importance de la rupture émergente.
  • Chacune de ces ères utiliserait une vision différente du monde : 1re ère industrielle = vision d’Aristote, 2e ère industrielle = vision de Newton, et ère postindustrielle = vision d’Einstein. Ainsi, l’approche einsteinienne correspondrait à l’ère postindustrielle.

Espace-Temps (Le monde habité)

  • Beaucoup d’auteurs décrivent l’espace-temps comme étant le tissu de l’univers. L’arrivée de l’ère postindustrielle voit le rapport entre l’espace-temps se fracturer de plus en plus à cause du savoir reconfiguré par les nouvelles technologies actuelles et à venir, et par le fait que la frontière entre le temps de travail et le temps de loisirs devient de plus en plus floue, de même qu’entre l’espace réel et l’espace virtuel.
  • L’idée d’analyser la planète comme un tout ne s’est imposée que très récemment à cause du phénomène de la mondialisation ainsi que du développement planétaire du Net. Les pionniers d’une interprétation holistique du monde furent :
    • Vladimir Vernadsky (biosphère et technosphère, 1929) ;
    • Vennevar Bush (Memex, 1945) ;
    • Pierre Teilhard de Chardin (Noosphère, 1955) ;
    • Buckminster Fuller (Spaceship Earth, 1963) ;
    • James Lovelock (Gaia, 1996).

Voir Michel Germain, Management des nouvelles technologies et e-transformation, Économica, 2006.

  • Selon Jean-Claude Guillebaud, c’est à partir de la première révolution industrielle qui s’amorce en Angleterre dès la fin du XVIe siècle que la croissance devient cumulative, grâce à un processus d’innovation autoentretenu, les innovations s’enchaînant et s’entraînant réciproquement. Une nouvelle configuration du centre organisateur du monde déboucherait toujours sur une nouvelle configuration culturelle et politique. Les trois dernières configurations sont la civilisation européenne et sa mission civilisatrice, la civilisation américaine, et dorénavant, une modernité métisse qui émerge (voir le tableau p.9). Voir Le Commencement d’un monde, Seuil, 2008. p. 48.

Dans le tableau, l’appellation postmoderne est de Barack Obama.

  • George Will décrit les trois sources de pouvoir land-capital-knowledge dans One Man’s America, The Pleasures and Provocation of Our Singural Nation, Crown Forum, 2008.
  • Adam Arvidsson et Nicolai Peitersen, dans The Ethical Economy, (sur le Web, 2008) parle de Feudal economy based on land (= 1re ère industrielle), the Capitalist economy based on labour (= 2e ère industrielle), et d’Ethical economy based on social relations (= ère postindustrielle).
  • Philip Bobbitt parle de Princely State, Nation State, Market State, dans Terror and Consent : The Wars for the Twenty-First Century, Knopf, 2008.

Connaissances

(Leur contextualisation et leur quantité. Les informations et les connaissances deviennent éventuellement le savoir, une ressource qui établit de plus en plus la valeur d’une société postindustrielle ou postmoderne.)

  • Il y a trente ans, on posait la question : On sait qu’un jour il y aura un ordinateur dans chaque maison, mais on ne sait pas à quoi il servira ni comment son utilisation changera nos vies et celle de nos sociétés. Voir The Computer Age : A Twenty-Year View, édité par Michael L. Dertouzos, The MIT Press, 1979.
  • Dans les années à venir, la clé de la valeur réelle, et donc du contrôle des marchés, de l’emploi et de la richesse, sera de définir comment les ordinateurs doivent être utilisés, et non comment ils sont produits. Thierry Breton, La fin des illusions, 1992, Plon, p. 76.
  • L’augmentation de la quantité d’informations en circulation ne veut pas dire une augmentation de la connaissance mais plutôt de l’ignorance. La révolution de l’information serait devenue celle de la désinformation, selon Robert Proctor, historien à l’Université de Stanford, qui décrit ce phénomène sous le nom d’agnotologie.

Communication

(Ces outils donnent un sens à l’information, c’est-à-dire qu’ils offrent aux spectateurs et aux utilisateurs une nouvelle façon de percevoir le monde. À chaque bond les médias court-circuiteraient la culture et agrandiraient le territoire marchand.)

  • 1968 : dans le domaine des communications apparaît, il y a quarante ans, une volonté de changer les rapports de pouvoir par rapport au milieu : l’animation sociale : The active society, one that is master of itself, is an option that the post-modern period hold dans The Active Society d’Amitai Etzioni, Free Press.
    • Consulter aussi le Manuel de l’animateur social de Saul Alinski, Seuil,1976,
    • ou encore Les communautés virtuelles de Howard Rheingold, Addison-Wesley, 1995.
    • Aujourd’hui, cette lutte continue, mais elle possède un nouveau nom: la fracture numérique.
  • 1970 : à cette époque naissaient les concepts de Bottom-up et de Grasroots lors des manifestations contre la guerre du Vietnam et les activités des Flower Peoples en Californie.
    • Voir Do It de Jerry Rubin, chez Seuil, qui décrit bien cet esprit : Tout le pouvoir au peuple, disait alors Eldridge Cleaver.
    • Consulter aussi le manifeste de Ted Nelson Computer Lib concernant l’utilisation des TI par les citoyens.
  • 1970 : depuis plus de trente ans, tout le secteur de l’animation et de la contestation sociales utilise les nouvelles TI pour multiplier leurs activités militantes de type bottom-up. Exemples récents : l’organisation des marches contre les rencontres du G7 (Seattle, Québec, Prague, etc.), ou anti-Davos. Voir aussi les réunions des groupes alternatifs (Rio, Porto Allegre, etc.) et les activités des groups Greenpeace, ATTAC, Third Voice, etc.
  • D’autres groupes vont plus loin, ce sont les hactivistes (contraction de hacker et activiste) qui organisent des cyberguérillas : l’Intifada palestinienne, les Serbes du Kosovo, les FARC de Colombie, le Black Bloc, les Zapatistes, etc.
  • 1970 : Marshall McLuhan et Quentin Fiore dans Guerre et paix dans le village planétaire, chez Laffont. Puis Zbigniew Brzezinski dans La Révoluion technétronique chez Calmann-Lévy.
  • 1976 : il y a plus de trente ans, le 1er avril, Steve Jobs et Steve Wozniak présentèrent leur premier Apple à la réunion hebdomadaire de leur club de hackers. C’est au concept Empowerment to the People que se réfèrent alors les pionniers des premiers clubs californiens de micro-informatique.
  • 1984 : la notion de cyberespace apparaît pour la première fois dans le roman Neuromancer de William Gibson, Ace Books.
    • Consulter aussi The world is flattening, it is increasingly interconnected, de Thomas L. Friedman.
    • Lire le discours digital lifestyle de Steve Jobs …
    • et celui de l’utopie des promoteurs des années 1990 : Anyone, Anywhere, Anytime.
  • 1991 : c’est le 6 août, à 2:56:20 pm, que Tim Berners-Lee, exaspéré par les incompréhensions des directeurs du CERN à Genève, envoie son message annonçant l’arrivée du World Wide Web.
  • 1996 : il y a douze ans, Nicholas Negroponte, du Média Lab, décrivait comment le numérique est en train de créer les convergences médiatiques qui rendront hybrides les chaînes de production-diffusion comme l’imprimerie, le cinéma et la télévision. Dans Being Digital, Media Vintage Books.
  • 2006 : Jacques Attali révèle comment les progrès techniques bouleverseront le travail, les loisirs, l’éducation, la santé et les cultures dans Une brève histoire de l’avenir, Fayard. Il faut laisser aux générations à venir un environnement mieux protégé, afin de faire naître, à partir de toutes les sagesses du monde, de nouvelles façons de vivre et de créer ensemble.
  • 1995 : plusieurs auteurs pensent que le cyberespace s’organise à partir de quatre environnements « intelligents » : la maison, le bureau, la salle de classe et l’automobile, suscitant un monde de continuous computing.
  • L’ère postindustrielle va multiplier le nombre d’appareils branchés à l’Internet :
    • en 1992, il y avait 1 million d’ordinateurs branchés à l’Internet tandis que 1 % de la population du globe possédait un téléphone cellulaire ;
    • en 2007, il y a 1 milliard d’ordinateurs et 1 milliard de téléphones cellulaires ;
    • en 2012, chaque individu pourrait brancher jusqu’à 6 à 8 appareils sur l’Internet 2 (cellulaire, portable, cinéma- maison, etc.). À cette époque, plusieurs milliards d’appareils de toutes sortes seront branchés ensemble.
  • Au point de vue technologique, l’ère postindustrielle voit apparaître une troisième génération de TI :
    • Une génération d’interfaces beaucoup plus conviviales qui intègrent les mondes numérique et physique ; exemple de la Wii de Nintendo. C’est le vieux rêve de virtual reality des années 1990 qui devient maintenant accessible au grand public à des prix très bas.
    • Une génération d’appareils mobiles comme les téléphones cellulaires, le MP3, le GPS, les RFID, les palmtops, le WiFi et le WiMax, tous branchés sur Internet 2. Tous ces appareils rendent possible le Anywhere, dans le slogan Anytime, Anybody, Anywhere.
    • L’apparition de services triple play de diffusion à partir de trois types d’écrans, celui du téléviseur, du micro-ordinateur et du mobile, donnant accès au guichet unique. C’est le rêve des équipementiers des années 1990 qui voulaient créer UN poste de travail hardware tout usage ; dorénavant ce concept est rendu possible par une approche software beaucoup moins coûteuse et plus souple.
  • Au point de vue économique, l’ère postindustrielle fait apparaître de nouveaux types de marchés orientés vers le sur-mesure. Ces marchés sont créés par la combinaison de nouveaux moteurs de recherche avec les techniques de géoréférencement à la Google Map et le Data Mining.
  • Au point de vue sociétal, l’ère postindustrielle suscite les réseaux sociaux. Ce type d’applications est décrit actuellement par les buzzwords suivants : user-generated content, audience participation, collective intelligence, trust network, social tagging, wisdom of crowds, peer-to-peer, smart-mobs, etc. On définit la nouvelle société comme étant un organisme vivant dont l’unité de base est l’échange entre ses membres.
  • 2008 : pour Adam Arvidsson et Nicolai Peitersen, dans The Ethical Economy (sur le Web, en 2008) : si durant la première ère industrielle l’imprimerie a permis à plusieurs personnes de devenir des auteurs et à beaucoup plus de gens de devenir des lecteurs, durant l’ère postindustrielle, les nouveaux médias permettront aux blogueurs, aux journalistes-citoyens et autres utilisateurs de  participer à une production sociale. Ceci concrétiserait le rêve des pionniers du Web : A User-generated content.

Opinion

(La  reconfiguration de l’organisation du monde reconfigure la  culture et le politique. En modifiant les opinions, celles-ci suscitent chez les citoyens des changements de comportement.)

  • Les quatre grands secteurs économiques sont le primaire (les ressources naturelles), le secondaire (la transformation), le tertiaire (les services immatériels) et le quaternaire (le high-tech). Voir aussi la Théorie des vagues développée par Alvin Toffler, la Théorie du déversement d’Alfred Sauvy et surtout la notion de travailleurs intellectuels de Peter Drucker.
  • Plusieurs pionniers ont analysé les passages à venir : John Naisbitt dans Megatrends (1982) et Alvin Toffler dans Le choc du futur (1970), la Troisième Vague (1980) ou Les nouveaux pouvoirs (1990). Mais celui qui a le mieux analysé les nombreux passages de la 2e ère industrielle à la postindustrielle est Derrick de Kerckhove dans Brainframes, Bosch & Kenning, 1991.
  • Don Tapscott et Art Caston ont bien analysé les mutations des TI dans The new promises of information technologies, McGraw-Hill, 1992.
  • Selon le Groupe Forrester, en 2008, il y aurait maintenant six échelons de sociabilité pour les utilisateurs du Web :
  1. Les créateurs de contenus (21 % des gens aux États-Unis en 2007).
  2. Les critiques qui commentent les contenus (37 %).
  3. Les collectionneurs qui organisent les contenus pour leur usage personnel (19 %).
  4. Les adhérents qui sont membres de réseaux sociaux (35 %).
  5. Les spectateurs qui lisent les contenus (69 %).
  6. Les inactifs (26 %).

 

 

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