8. L'économie

(Le nouveau modèle de proximité)

8.1- L'économie d'abord ! Oui, mais laquelle ?

8.2- Les impératifs de l'économie capitaliste sont la maximisation du profit, la concurrence, la réduction du coût du travail et l'accumulation du capital. Ses principaux outils sont les marchés, les banques et les réseaux de communication (des voies maritimes à l'Internet en passant par l'imprimé et la télévision).

Durant huit cents ans, l'histoire du capitalisme progresse par bond, chaque époque connaissant une croissance plus forte que la transformation précédente. Chaque bond a été une quête rationnelle du profit à partir d'un modèle de l'offre et de la demande ; il se termine par une crise toute aussi importante quand le modèle de cette économie n'est plus fonctionnel. Alors le centre de gravité de cette économie-monde se déplace vers d'autres cieux culturellement plus appropriés.

1100 Les premiers pas

Au Moyen-Âge, une économie d'agglomération voit le jour dans les villes-États du Nord de l'Europe. Apparaît alors un nouvel ordre social régit par les impératifs du marché (hégémonie de la classe politique). Son modèle : des échanges de proximité grâce à une alliance entre les classes politique et économique. La crise : les marchés d'alors devenant trop petits viis-à-vis la compétition venant du sud.

1500 Première expansion

Un bond important a lieu à cause de la découverte des Amériques puis de la traite négrière (hégémonie des empires coloniaux européens). Son modèle : une intégration de quatre continents (Europe, Afrique, Amériques du Nord et du Sud) en un seul système-monde économique.

1700 1re ère industrielle

Apparait d'abord en Angleterre un capitalisme agraire, puis grâce à l'alliance capital-énergie, un capitalisme industriel qui met en place les usines, les trains et les canonnières à vapeur (hégémonie de la Grande-Bretagne). Son modèle : capturer les marchés extérieurs pour former de grands empires. Cette ère finit par le krach boursier de 1929 et la grande dépression de 1930.

1900 2e ère industrielle

On invente de nouvelles formes d'organisation du travail : le Fordisme et le Taylorisme. Après la Seconde Guerre mondiale, les accords de Bretton Wood sanctionnent le passage du leadership de la Grande- Bretagne aux États-Unis. C'est l'ère de la consommation de masse, du American way of life, du Baby-boom, du Pax Americana et des déréglementations. On parle alors d'un capitalisme renouvellé, de néolibéralisme ou encore d'un Nouvel ordre mondial. Son modèle : une économie réelle bâtie sur la concentration (les masses des marchés, des produits et des médias), mais un autre modèle prends le dessus, la financiarisation virtuelle. (hégémonie de la classe économique). Cette ère fini par la grande crise financière de 2008.

2000 L'ère postindustrielle

Les structures de masse, trop rigides et pyramidales, ne répondent plus aux changements créés par la fragmentation des auditoires et le courant de personnalisation. Incapable de maîtriser les crises qui s'annoncent, la G8 doit ajouter le BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine) pour former le G20 afin d'éviter un krach mondial (d'autan qu'il n'y a plus aucune hégémonie). On commence maintenant à réfléchir à un nouveau modèle de société.

20?? La création d'un nouveau modèle

Une nouvelle économie d'agglomération pourrait voit le jour (ainsi la boucle serait bouclée), autour de réseaux de villes-technopoles (où habitent déjà la moitié des êtres humains) qui utiliseraient un nouveau modèle économique basé sur la proximité et le sur-mesure.

Ainsi, à chaque bond, le centre de gravité s'est déplacé de Venise (1100) à Amsterdam (1500), puis à Londres (1700) et ensuite à New York (1900), pour se diriger maintenant vers Shanghai.

8.3- Les tendances des trois dernières ères industrielles nous indiquent où nous mènent le modèle actuel (voir les schémas  Postindustriel 1 2 et  3) :

  • Durant la 1ère industrielle : on apprends à manufacturer des biens en masse, à cultiver le désir par la publicité et à accumuler le capital au point que celui-ci devient un levier politique.
  • Le 2e ère industrielle : on fait de la consommation le produit, on manufacture le désir grâce à l'infospectacle et on multiplie le capital au point où celui-ci met en danger la démocratie.
  • L'ère postindustrielle : on voudrait définir l'individu (car il n'y aurait plus de citoyen) par sa consommation, on cherche à faire proliférer le désir par un fort courant de personnalisation tandis qu'on érotise le capital.

Les données économiques 1970-2005

8.4- Le modèle économique actuel a surtout émergé à partir des années 1980 avec Reagan et Thatcher. Il nous a été imposé par les élites économiques via des vagues de dérégulations et les manipulations des médias de masse que celles-ci contrôlent. Le modèle réagit à sa logique du toujours plus : toujours plus de rêves = toujours plus de besoins = toujours plus de consommation. Le but est de développer une société universelle de consommation où l'individu sera privatisé. En fait, ce modèle essaie de soustraire la répartition des richesses de la sphère politique à partir du slogan There is no alternative (TINA). Nous passons du Tout-État (dominé par des mandarins formés à la défense de l'État) au Tout-Marché (dominé par des avocats d'affaires formés à la défense des intérêts financiers).

Parce que ce modèle développe une tolérance à la médiocrité, il pourrait imposer une société à deux paliers : deux systèmes de santé, deux systèmes d'éducation, un système d'information pour ceux qui peuvent s'en payer l'accès et un autre pour ceux qui vivront à rabais, etc.

8.5- Le point commun de toutes ces crises qui surgissent en ce moment est l'obsession du profit dans le modèle économique actuel ; celui-ci ressemble à un jeu de Monopoly où tout devient une opportunité financière. Ces crises révèlent l'échec de ce système, non pas l'échec des marchés mais celui de certaines institutions ou individus trop cupides.

La culture de la spéculation qui a mené à la crise actuelle n'est même pas en veilleuse aujourd'hui. Les élites économiques n'ont pas appris de leurs erreurs ; elles vivent encore avec ce faux sentiment de sécurité, le business as usual.

8.6- La  crise économique est née de l’absence de relations entre l’économie réelle et la financiarisation virtuelle. Plus précisément, elle a été causée par le capitalisme américain qui a généré une mondialisation dans tous les domaines d'activité. Le tout a créé un climat euphorique parce que beaucoup de décideurs ont confondu croissance économique et spéculation. Cette variante du capitalisme a eu comme caractéristiques :

  • l’appât du gain,
  • la courte vue,
  • un État qui n’a pas joué son rôle,
  • et l’effondrement des règles éthiques.

8.7- Plusieurs anciens postulats ont maintenant du plomb dans l’aile :

  • Le libre-échange accroît nécessairement le bien-être ?
  • Les marchés conduisent spontanément à l’efficacité ?
  • L’économie de ruissellement (trickle-down economy) finit par profiter à tous les membres de la société ?
  • Le secret bancaire est nécessaire à l’efficacité économique ?
  • La seule responsabilité des entreprises est de servir leurs actionnaires ?

8.8- Les premiers irritants du modèle actuel ont été clairement identifiés lors de la rencontre du G20, le 2 avril 2009, à Londres :

  • Accroître la régulation financière ;
  • Modifier la rémunération des cadres dirigeants ;
  • Sus aux paradis fiscaux ;
  • Encadrer les agences de notation financière ;
  • Lutter contre le protectionnisme, etc.

8.9- Le modèle actuel de masse (marchés de masse, produits de masse et médias de masse) devra être remplacé par un modèle axé sur une économie de la proximité, c'est-à-dire à partir du sur-mesure des niches. À cause du modèle de massification de l'ère industrielle, nous avons édifié des structures trop pyramidales, trop rigides et trop anonymes dans le passé, l'ère postindustrielle demandera des structures plus mosaïques et mieux réticulées.

8.10- Actuellement, nous vivons dans une société où quatre économies coexistent :

  • l'économie réelle : celle des entreprises qui engendrent de l'argent réel avec une valeur d'usage réelle ; elle est la somme des PIB de tous les États ;
  • l'économie virtuelle : celle des bourses financières qui spéculent, c'est cette financiarisation de l'économie réelle qui a fait déraper celle-ci récemment ;
  • l'économie pirate : celle du travail au noir, des dessous de table, des contrefaçons et des fraudes fiscales ;
  • l'économie mafieuse : celle des trafics illicites (drogues, armes, jeux en ligne et prostitution).

    Lors des grandes crises, les économies pirate et mafieuse deviennent plus importantes que l'économie réelle faussant ainsi toutes les analyses des décideurs.

8.11- Actuellement, cette crise est vécue à deux niveaux.

  • En haut, les élites économiques ont réussi, en 2008, à faire éponger publiquement leurs excès par les élites politiques. Aujourd'hui, cette crise semble se résorber pour ces dirigeants ; à travers la planète, l’indice boursier vient de progresser en moyenne de 40 %. Pour ces gens, la crise est presque oubliée, ils peuvent à nouveau toucher leurs bonis.
  • Tandis qu'en bas, de nombreux citoyens ordinaires perdent leur emploi et leurs avantages sociaux. Durant la même période, l’indice du chômage a grimpé à 40 %. Pour ces personnes, la crise commence à peine à prendre racine ; elle sera beaucoup plus longue et plus profonde.

8.12- Les retombées de cette crise sont déjà importantes.

  • En haut, au niveau collectif, cette crise nous impose un modèle économique où l’argent coule du bas vers le haut, c’est-à-dire des pauvres vers les riches. Même les pays les plus riches ne parviennent plus à vivre selon leurs moyens, ils doivent constamment emprunter. Aussi, ce n’est plus un système sociétal où une personne = une voix  ou un pays = une voix  qui vote mais les dollars. Nous vivons désormais un déficit démocratique.
  • En bas, au niveau individuel, le système n’offre plus d’argent pour soigner, éduquer ou protéger le citoyen. Son avenir ne dépend que de lui-même.

8.13- Dans les négociations qui s’amorcent pour corriger le système économique actuel, d’un côté il y a les défenseurs de l’interventionnisme étatique, et de l’autre, ceux du laisser-faire néolibéral. Mais ces batailles qui débutent ne remettent nullement en cause le système actuel, elles ne débouchent pas sur une véritable mise en place d’un nouvel ordre mondial.

8.14- Même si les pays industrialisés réussissent à juguler ces crises, ils vont se retrouver plus tard avec une crise encore plus importante, celle du tarissement des fonds requis pour leurs finances publiques. Au sortir des crises, nous nous retrouverons avec des gouvernements tellement endettés qu’ils n’auront aucune marge de manœuvre pour lancer leurs nouveaux projets.

8.15- Actuellement, à court terme et devant l'ultimatum TINA, l'élite politique débloque des crédits pour que les citoyens-consommateurs continuent à faire fonctionner le système économique actuel même si ceux-ci deviendront encore plus endettés. Ces plans de relance sont des fuites en avant pour sauver la continuité contre la rupture.

8.16- En général, les gens désirent une économie de marché responsable ; ce n’est pas tant le concept d’économie de marché qui est remis en question actuellement mais son aspect responsable ; l'économie de marché d'ailleurs étant un modèle suffisamment souple pour se régénérer et qui n'a pas encore d'alternative crédible à ce jour.

Seules des négociations entre les élites politiques, économiques et la société civile pourraient développer une démocratie participative avec marchés. Nous ne sommes donc qu’au début d’un très long processus de concertation publique concernant notre avenir.

Il faudra s'interroger collectivement sur les sacrifices humains que le nouveau modèle réclamera.

8.17- Il faudra imaginer une économie des besoins quotidiens, c’est-à-dire une économie de proximité qui évoluera surtout à partir des besoins de la population locale. Cette économie de proximité devra remplacer les deux seuls outils proposés actuellement par les élites : le béton et le crédit.

8.18- Cette  économie de la proximité sera fondée sur la valeur ajoutée, le géoréférencement et le sur-mesure.  Les quatre espaces intelligents où pourrait se développer cette économie de proximité seront le domicile, le bureau, la salle de classe et l’automobile.

8.19- Qui dirige le monde actuellement ? Les grands banquiers ! Mais dans huit ou dix ans ce pourrait être une tout autre affaire, une affaire d'influence.

Durant mille ans, les élites politiques ont gouverné leurs pays respectifs (voir les schémas  Postindustriel 1,   2 et  3) puis, durant l'ère industrielle, les élites économiques ont imposé leur agenda lors des grandes rencontres internationales. Mais à cause de la présente crise de financiarisation de l'économie et de leur volonté de continuer à recevoir leurs bonis, la réputation des élites économiques diminue rapidement.

De l'autre côté, l'industrie de l'information et des communications accroît considérablement son influence. Par exemple, en décembre 2009, Google rejoignait plus de 800 millions de visiteurs uniques, Microsoft plus de 700 et Yahoo plus de 600. Les réorganisations de l'assiette publicitaire, des clientèles des niches ou des réseaux sociaux, de l'arrivée du cloud computing, etc., feront de cette industrie le pôle principal de croissance de la future société de l'information, donc le pivot central du futur système économique. Déjà plusieurs consortiums de TI sont plus puissants que beaucoup d'États. Dans huit ou dix ans, le monde pourrait être dirigé par des géants des services qui concentreront entre leurs mains le traitement de toutes les informations. C'est donc chez eux que vont se redéployer les forces sociales, politiques et économiques. Et si demain ces futurs géants de l'information et des communications devenaient les nouveaux maîtres du monde ? Si nous passions de World.inc à World.com ?

Ces nouveaux géants posent déjà plusieurs défis à la culture (qui va décider que telle œuvre ou tel artiste sera diffusé ?), à la démocratie et au pouvoir (est-il normal que ces industriels se paient des médias comme lieux d'influence ?)

Librairie numérique Google

Google vient de lancer son site de vente de livres numérisés ; il propose quelques 3 millions de titres dont certains sont gratuits (utilisant le système Android). Ce serait « la plus grande bibliothèque du monde » :

book.google.com

Un index des livres permet une recherche en lignes. Une trentaine de rubriques existent : cuisine, santé, mathématique, photo, voyages etc.

Voir la rubrique des accords avec les auteurs et les éditeurs :

http://books.google.com/intl/fr/googlebooks/agreement/

Dans ce marché en plein développement, voir aussi Amazon, Kindle et Apple, qui peuvent aussi être téléchargés sur tout ordinateur ou portables reliés à Internet.

Remplacer le capitalisne ?

Au plan intellectuel on se trouve dans une situation confuse par ce que les chercheurs ne sont pas capables d'articuler un option crédible de sortie radicale du capitalisme. Malheureusement, le capitalisme leur apparaît comme une fatalité puisqu'ils ne peuvent penser autrement le monde.

Nous avons droit à des critiques en forme de coup de gueules, mais très peu en profondeur à cause de leur manque de vision d'ensemble de la nouvelle société qui émerge.Il faudrait qu'ils puissent développer une critique de la société à partir des institutions existantes et non pas contre elles. La crise actuelle leur semble plutôt virtuelle et abstraite comparée aux autres qui l'ont précédées parce que c'est la première crise de la dématérialisation et qu'ils n'ont pas de grille de lecture qui soit ni marxiste ni néolibérale.

Les trois périodes historiques

Voici les trois périodes historiques de la démocratie capitaliste :

• L'ère classique (de 1860 à 1930) produit les biens et services, cultive le désir et accumule du capital.

• La période tardive (1930-1980 ) fait de la consommation le produit, manufacture le désir et reproduit le capital. C'est l'époque durant laquelle émerge la politique-spectacle.

• L'ère post-moderne actuelle définit l'individu par sa consommation, a partir du syndrome « tout m'est dû» (voir le courant de personnalisation).

Conférence de Mark Kingwell (Université de Toronto, Dépt de philosophie), à Montréal, juin 2010

Les crises du Capitalisme

David Harvey présente une conférence sur le capitalisme : nous devrions changer de modèle économique (changer le modèle néolibéral) ?

Peut-on développer éventuellement un système qui serait plus humain et plus responsable ?

C'est une conférence vidéo en anglais illustrée par une bande dessinée qui se déroule au fur et à mesure (une conférence de RSA Animate sur YouTube) voir :

www.youtube.com/watch?v=qOP2V_np2c0&feature=player_embedded

L'économie : une farce ?

Slavoj Zizek analyse l'économie : récemment ce fut une tragédie, maintenant cela devient une farce.

Conférence vidéo (de dix minutes) sur YouTube :

http://www.youtube.com/watch?v=hpAMbpQ8J7g&feature=player_embedded#

Publier un nouveau commentaire

The content of this field is kept private and will not be shown publicly.
  • Web page addresses and e-mail addresses turn into links automatically.
  • Allowed HTML tags: <a> <em> <strong> <cite> <code> <ul> <ol> <li> <dl> <dt> <dd>
  • Lines and paragraphs break automatically.

More information about formatting options