3. La prise de parole

(La grande bataille de l'opinion publique)

3.1- La plus importante caractéristique de la société qui émerge ne sera pas la très grande quantité d'informations mises en circulation ou l'extraordinaire rapidité du réseau des réseaux, mais la vitesse de réaction d'innombrables personnes prenant la parole via Internet.

3.2- Pour certains, Internet est un outil essentiel au bon fonctionnement de notre société tandis que pour d’autres ce n'est qu'une machine à rumeurs : un milliard de niaiseries à la seconde. Quoi qu’il en soit, grâce à Internet nous assistons en ce moment à une prise de parole jamais vue dans l’histoire de l’humanité parce que les gens commencent à exprimer leur ras-le-bol vis-à-vis de l’incompétence des élites politiques et l'arrogance des élites économiques.

3.3- Tous les analystes furent surpris par la rapide multiplication des réseaux sociaux. Par exemple, l'an dernier, Facebook fut utilisé par plus de 400 millions de personnes parlant 70 langues.
 
Nous passons de la loi de Moore (les circuits doublent la quantité d'informations traitées à tous les 18 ou 24 mois) à la loi de Metcalfe (une évolution exponentielle parce qu'au carré du nombre d'utilisateurs) ; ce que les Américains ont appelé the network effect. Cette multiplication est causée par plusieurs facteurs :

  • l'apparition d'un tsunami  d'images, de photos et de vidéos (plus de 2 millions par mois sur Facebook en ce moment) ;
  • la création de nouveaux appareils mobiles et multifonctionnels comme le iPhone et le iPad ;
  • des interfaces conviviales développées à partir d'une culture de plus en plus participative  ;
  • l'apparition de systèmes où des développeurs indépendants peuvent offrir eux-mêmes leurs applications aux utilisateurs (plus de 400 000 sur Facebook).

Si, durant l'ère industrielle, l'évolution de l'environnement technologique reposait sur le cycle de trois ans de mise en place des applications (investissements, développement et récupération), dorénavant cet environnement reposera sur l'évolution beaucoup plus rapide des usages.

3.4- Manipulé par un infospectacle qui n'offre que de l’hyperconsommation, le citoyen isolé baigne actuellement dans une culture Prozac. Il est prisonnier d'un rapport hypnotique à l'écran qui le fait penser en clips. La télévision, qui est le royaume des illusions, est devenue une télécratie dont le rôle est de le distraire ; aussi préfère-t-il le zapping à l'analyse et le plaisir à l'effort qui le déresponsabilise. Dans un tel environnement, ce n'est plus le citoyen qui est l'unité de base de la société mais le consommateur.

Pour résister à cette situation, il devra intervenir via ses groupes d’intérêts. Prendre la parole sera sa seule façon de retrouver ses racines, c’est-à-dire trouver des raisons pour changer de comportement et développer ses droits collectifs. Plusieurs chercheurs pensent que la société qui émerge devra devenir une société de la responsabilisation.

3.5- Le citoyen sera l’unité élémentaire de la société postindustrielle. Son rôle sera de participer à l’élaboration des projets de société à ses différents paliers : ville, région, État. Participer impliquera une prise de parole à partir de ses groupes.

3.6- Le développement d’une société ne se réalise pas quand les actions d’un individu s’ajoutent à celles d’un autre individu qui s’ajoutent à celles d’un autre, mais lorsque des groupes d’individus adoptent un projet mobilisateur. Cette prise de parole doit être collective, c'est-à-dire capable de susciter des consensus autour de projets de société. Democracy is about discussion, not just voting (The Economist, 8 mai 2010, p. 62).

Plus l'engagement des membres du groupe est large plus le changement sociétal sera rapide. C'est quand un projet de société devient un rêve collectif pour ses membres qu'il a de grandes chances de réussir.

3.7- L’actuelle prise de parole à la fois sur Internet, à la radio ou dans les journaux signale le début de la grande aventure de l’opinion publique, celle-ci devenant le principal champ de bataille au XXIe siècle. L’homme vivra une démocratie quand il participera aux décisions qui le concernent, cette démocratie se mesurant à l'intensité de la participation citoyenne.

L’Internet 2 offrira des lieux de participation qui donneront un sens au groupe et lui conféreront le pouvoir extraordinaire d’influencer l’opinion publique. Cette nouvelle approche sera basée sur la collaboration, le bénévolat et l’échange. L’utopie étant l’adoption par tous les acteurs d'une société d’un art de vivre ensemble, c'est-à-dire une nouvelle manière d'être au monde.

3.8- Vers 1980, des pionniers créaient, en Californie, leurs micro-ordinateurs (Apple 2, TRS-80 et PET) autour du mouvement social Computer power to the People. C’est dans la continuité de ce mouvement de pensée alternative que s’organise actuellement le web social qui a toujours le même objectif.

3.9- Depuis plus de dix ans, la société civile s’organise autour du Web selon différentes approches :

  • Les réseaux sociaux sont des groupes plus ou moins formels réunissant leurs participants à partir d'une communication sociale individuelle. Ces agrégats servent d'interface entre le citoyen et son épanouissement.
  • Les groupes d’intérêts (guild structure) sont des groupes plus formels où les membres sont cooptés. Ces groupes cherchent à définir une meilleure qualité de vie et servent d’interface entre le citoyen et l’État.
  • Les groupes hacktivistes (de hacker et activistes) qui mènent une cyberguérilla contre l’État (Djihad, Zapatistes, Black bloc, etc.).

3.10- C'est ainsi qu'apparaît depuis plus de dix ans plusieurs nouveaux types de spect-acteurs qui réalisent maintenant le rêve des pionniers du Web : développer un Web collaboratif afin de créer un User Generated Content. Aujourd'hui il y a 1,6 milliard d'internautes qui animent le Web, mais pas tous de la même façon :

  • Dans les réseaux sociaux, il y a peut-être des individus qui ne font que passer et fureter, mais beaucoup insistent pour prendre la parole individuellement. Ils sont poussés par la personnalisation et à cause de ce culte du moi ils produisent souvent des informations non validées ou des rumeurs qui décrivent plutôt comment ils souhaitent êtres vus.
  • Dans les groupes d'intérêts, les citoyens deviennent des fournisseurs d'informations qu'ils remixent et diffusent aux autres membres cherchant ainsi à confirmer leurs propres vues. Ces informations opinion acquièrent une haute valeur ajoutée pour le groupe. C'est parce que cette participation est enracinée dans leurs émotions qu'apparaît le concept d'information opinion (voir « 5- L’information »  plus loin).
  • Dans les groupes d'intérêts, des animateurs nouveau genre envahissent le Web. Ce sont les multiplicateurs (passeurs, filtreurs ou créateurs culturels) qui servent d'interprètes dans les groupes. En éditorialisant les informations opinion ils jouent un rôle d'agrégateurs dans la société civile.

On s'aperçoit maintenant que plus il y aura d'informations mises en circulation, plus la société aura besoin de ces intermédiaires. Déjà en 2006, Time magazine nommait ces acteurs personnes de l'année.

3.11- Un groupe d'intérêts n’est donc pas un juke-box qui permet de visionner individuellement des milliers de vidéos (ou pointcasting), ou un mall où un individu affiche son C.V. et ses photos pour allonger la liste personnelle de ses amis  (ou égocasting), c’est un espace d’échange de contenus et de participation utilisant un code culturel commun (ou narrowcasting).
La socialisation n'est donc pas une question de quantité mais de qualité ; un groupe d'intérêt utilise une réflexion à haute voix en toute intimité à partir de questions ou de gestes utilitaires pour lui. Le narrowcasting est un média de conversation interactive ; pour plusieurs individus cela annonce leur passage de personnal relations a reciprocal relations.

3.12- Ainsi, pour la première fois de l’histoire, un citoyen motivé pourra devenir un spect-acteur dans la diffusion de l’information ; il pourra donc influencer le cours de l’histoire. Cette tendance s’accentuera avec la montée des jeunes générations plus spontanément interactives, mais à partir de quelle culture ? (Voir le chapitre 3 : La culture.)

3.13- Ainsi, inspiré par plusieurs pionniers d'Internet, le statut d'un individu change complètement en moins de quarante ans :

1970     

1980

1995

2005

2010

Un téléspectateur passif           

Un producteur de documents

Un communicateur

Un consommateur

Un citoyen-participant

Fils de David Sarnoff

Fils de S. Job et B. Gates

Fils de Mark Andreeassen

Fils de Jeff Besos

Fils de Mark Zuckerberg

Le déclin de Facebook (3)

Le goût prononcé pour l'étalage admiratif du « je», est stimulé par les Facebook, Twitter, les télé-réalités et la démocratisation de la photo et de la vidéo numérique.

L'accès à ces technologies stimule effectivement un côté narcissique ; ces technologies agissant comme un miroir. Dans les nouveau espaces de communication, on expose notre personnalité en construisant notre identité numérique, mais on prend aussi conscience de cette personnalité que l'on peut alors contempler chaque jours. Les moyens technologiques rendent l'attention immédiate, mais elle est aussi éphémère et pas très nourrissante.

Voir « Un monde numérique à la mesure des narcissiques » de Fabien Deglise, Le Devoir, 14 décembre 2010.

Le déclin de Facebook (2)

Selon Jefferey Cole l'épidémie de socialisation numérique serait sur le point de prendre fin dans sa forme actuelle.

Mais cela va prendre plus de temps (5 années ?). Ce réseau ne va toutefois pas être remplacé par une seule et grosse communauté, mais plutôt par des réseaux fragmentés.
Depuis quelques mois, aux États-Unis, plusieurs réseaux sociauz cherchent à combler les failles en matière de vie privée et corriger les erreurs de commercialisation de données pricées :

www.onesocialweb.org
www.hibe.com
www.joindiasporas.com
www.folkdirect.com

Voir uneconférence de Jeffery Cole du Anneberg School Center for the Digital Future :

http://www.youtube.com/watch?v=yJHZEAjO4h4

Le déclin de Facebook (1)

Extrait de « Le déclin prévisible de Facebook », par Hervé Ficher, Le Devoir, le 11 décembre 2010 :

Facebook est d'abord un réseau d'adolescents en quête d'amis - c'est devenu une sorte de compétition d'en afficher toujours plus - et comme tous les engouements auxquels s'identifient successivement les générations de jeunes, avec des modes vestimentaires, des groupes musicaux ou des danses, la génération Facebook va vieillir et passer la main.

Il n'en demeure pas moins qu'il est compliqué d'en sortir et que, si vous y parvenez, le site vous « rassure » en vous indiquant que si vous changez d'avis et voulez plus tard vous réinscrire, vous y retrouverez aussitôt toutes les données personnelles que vous y avez mises - celles que précisément vous venez d'essayer d'effacer définitivement pour protéger votre vie privée et votre avenir ! Ces deux faces de Facebook, l'une de gentille convivialité, l'autre d'exploitation commerciale sournoise de ces données privées, sont terriblement contradictoires.

Je vois mal, comment cette plateforme surmontera encore longtemps la contradiction évidente entre les relations naïves d'adolescents et les usages adultes corporatifs ou professionnls. Les clientèles ne sont pas les mêmes, les activités non plus, et cette plateforme est manifestement trop large pour ne pas apparaître bientôt fragile et non pertinente.

Les médias sociaux ne disparaîtrons certainement pas, mais ils vont se segmenter d'avantage, pour mieux répondre à des besoins plus spécifiques de groupes plus définis. Et dans la lutte entre Microsoft, Google et Facebook, c'est ce dernier qui est manifestement le plus fragile à cause de cet engouement superficiel et non structuré.

À la défense de Wikileaks

Le groupe de pirates informatiques « Anonymous » a monté des attaques (distributed denial of services) contre les entreprises qui ont résilié leur contrat avec Wikileaks : Amazon, MasterCard, PayPal, le services postal suisse, Sarah Palin etc.

(Lien avec la prise de parole !)

Les icones PICOL

C'est une collection d'une centaines d'icones qui servent a schématiser des processus. PICOL = Pictorial communication language. Ce projet a vu le jour à l'université allemande de Mayence en 2008 :

http://picol.org/about.php

On peut l'utiliser (sur Creative commons)

Voici l'illustration de l'histoire d'Internet qui utilise ce code pictographique :

http://blog.picol.org/history-internet/

History of the Internet, 8 minutes (YouTUbe)

La méthode de communication PIP

Cette méthode veut répondre aux besoins de communications et de vulgarisation. PIP veut dire : Portrait des processus d'Informations InterPersonnels - Langage.

Cette méthode a fait l'objet récemment d'expérimentation auprès de groupes de personnes à faible littératie ou a faible familiarité avec l'informatique, dans le cadre du réseau québécois Communautique.

La méthode décrit à l'écran des processus en les schématisant visuellement grâce aux icone de PICOL (voir plus loin)

Voir le txte d'introduction à PIP :

http://pierrot-peladeau.net/fr/pip-legal-analys-communication

Voir aussi une présentation sur le Web :

http://pierrot-peladeau.net/fr/pip-pip-l

Pour Communautaique :

http://www.communautique.qc.ca/

@ClaudeArchambault Les

@ClaudeArchambault

Les transformations prennent beaucoup de temps.

Une petite blague avec un élément de verité ...

"It takes a long time for change to happen quickly."

Les webisodes : une prise de parole sur le Web

Trois ans après avoir fait le saut dans le système éducatif québécois, l'enseignant Mathieu Côté-Desjardins (de Rimouski) devint désillusionné au point de lancer un cri d'alarme: la DÉSÉDUCATION ! Quelle forme prendrait alors cette prise de parole (qui se voulait un coup de gueule) : un livre ? un film ou un documentaire ? Il choisit de créer des épisodes du dix minutes (des webisodes), diffusés sur le net où il remet en question le système : www.ladeseducation.ca Diffusés tous les jeudis des mois de novembre et de décembre les 8 premiers épisodes dressent un portrait du milieu et les 8 suivants se concentrent sur les solutions ; sortes de hublots (dessins et musiques) décrivant les faiblesses du le système.

A la fois une révolution et une contre-révolution

Conférence à Montréal, octobre 2010, de John Downing, directeur du « Global Media Research Center » ( http/gmrc.siu.edu/ ) et auteur de l« Encyclopedia of Social Movement Media »(publication SAGE, 620 pages) :

Une révolution est en cours, mais pour les opportunités, pas nécessairement dans les faits. Les nouvelles technologies sont donc aussi utilisées par le pouvoir. Internet sert également à retrouver les fauteurs de trouble. Là encore, il y a une situation mixte et il faut considérer ma définition des médias comme institutions sociotechniques. Ces outils servent à organiser une manifestation antiraciste, mais aussi à lier des groupuscules de la Suprématie blanche, des groupes meurtriers islamistes, etc. Cette horizontalité des rapports, comme presque tous les aspects de la communication, a le visage de Janus.

Les transformations prennent beaucoup de temps. La révolution féministe ou le mouvement abolitionniste ont mis des décennies à s'imposer. Les samizdats, en Union soviétique, ont existé de 1975 à 1991. Quand nous analysons les conséquences des nanomédias, il faut toujours les situer dans une perspective temporelle à court et à long terme. Je vois en fait ces nouveaux médias comme des chapitres d'une longue histoire.

La participation sociale aux É.-U.

Voici un schéma qui analyse ce que font les participants dans les réseaux sociaux aux États-Unis : le pourcentage de créateurs, de critiques, de collectionneurs, de spectateurs, etc.

http://forrester.typepad.com/groundswell/

Ce schéma fait partie des analyses benchmark récentes du Groupe Forrester. Il fut diffusé en septembre 2010 sous le nom de « The Social Technographics Ladder ».

L'importance du citoyen

The highest office in a democracy,
is not that of President,
but that of citizen.

Le juge américain Louis Brandeis (Court Suprème des É.U., Washington)

Réseaux sociaux ouverts ou fermés

Il y a une confusion entre «réseau sociaux ouverts, de masse» et « réseaux collaboratifs fermés, électifs et sélectifs». Les intellectuels d'Europe se défient des réseaux sociaux de masse et considèrent les âneries infantiles comme Facebook comme des gagdets sans intérêts. Nous n'avons pas besoin de multiples « amis » et « contacts » aussi vides que futiles, voire dangereux puisqu'une information (vraie ou fausse) glissée dans ces torchons de masse n'est plus effaçable et circule hors de tout contrôle, invitant au mensonge, à la superficialité et au faire-semblant.

Par contre les réseaux coopératifs gagnent chaque jour plus de terrain autour des entreprises, des « think-tanks », des universités, des groupuscules politiques ou spirituels, Ici (en France), la distinction entre le monde élitaire (réseaux collaboratifs fermés) et le monde populaire (réseaux sociaux de masse) est bien plus marquée qu'ailleurs.

Prise de parole impossible !

Un analphabète fonctionnel est une personne qui est capable de décoder de petits textes simples n'ayant pas plus de 10 lignes, mais qui n'a pas la fluidité de lecture qui lui permet de traiter l'information au fur et à mesure qu'elle la décode.

Selon la Fondation pour l'alphabétisation, une enquête de Statistique Canada indique que 49 % de la participation active du Québec âgée de 16 à 65 ans a des difficultés de lecture.
Parmi ces personnes, 16 % sont analphabètes et 33 % sont des analphabètes fonctionnels.

Comment pourront-elles prendre la parole ?

Quelle est la situation dans les autres pays ?

L'économie sociale

Il y a une solution de rechange au capitalisme" c'est l'économie sociale selon Thierry Jeantet des « Recontres du Mont-Blanc » :

http://www.rencontres-montblanc.coop/

Ces rencontres sont le Davos des politiques sociales.

L'économie sociale prone la liberté d'adhésion, la démocratie, la juste répartition des excédents, la propriété collective privée, l'épanouissement et la solidarité.

(Rencontres à Montréal, 11 septembre 2010)

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